Ces livres qui changent le monde !

J’aime beaucoup ces livres qui changent le monde, qui participent à bousculer les mentalités et les politiques, qui vous donnent envie d’agir et qui vous inspirent de l’espoir. De Günter Wallraff et son livre « Tête de Turc » à Chadia Arab et son livre « Dames de fraises, doigts de fée, les invisibles de la migration saisonnière marocaine en Espagne », en passant par bien d’autres.

En dehors des romans, j’ai toujours aimé les récits historiques, les pièces de théâtre engagé et les enquêtes journalistiques. Dans ce dernier genre, mes références parmi les écrivains marocains sont Fatema Mernissi, Zakya Daoud, Hicham Houdaifa, Kenza Sefrioui, Chadia Arab. En dehors du Maroc, j’ai beaucoup aimé le journaliste allemand Günter Wallraff, le journaliste et écrivain français Gilles Perrault. Leurs ouvrages sont à l’origine de grands changements car ils ont réussi à toucher la société là où le bât blesse, là où les habitudes s’installent jusqu’à banaliser parfois les pires injustices.

Hicham Houdaïfa et les oubliées du Maroc profond

Avec ce premier livre de la série Enquête de la jeune maison d’édition casablancaise En Toutes Lettres, Hicham Houdaïfa, signe une grande enquête d’investigation sur un sujet sensible et brûlant par son actualité et par l’urgence de rendre justice à ces femmes oubliées du Maroc profond. On connaît déjà les affreuses conditions d’exploitation des femmes mulets de Ceuta, dans ce livre, est mise en lumière l’étendue de ces violences faites aux femmes sur les plans, économique, psychologique, sexuel, etc.

« Dos de femme, dos de mulet : Les oubliés du Maroc profond » contient plusieurs reportages, chacun concerne une région du pays ou un problème particulier touchant des femmes.

  • Les ouvrières clandestines de Mibladen dans la région de Midelt, mines aujourd’hui à l’abandon, pour survivre, des hommes et des femmes descendent encore ramasser les miettes de plomb sans aucune protection et au péril de leur vie.
  • Les torturées de Ksar Sountate : subir les pires atrocités, juste parce que filles ou épouses de ceux qui ont été arrêtés et exécutés lors des événements de mars 1973 dans le Moyen Atlas.
  • La double peine des femmes Ninja, travailleuse de la clémentine à Berkane, souvent venues d’ailleurs et qui subissent une double exploitation, économique et sexuelle.
  • Les femmes prêtées de Kalaat Sraghna, des mineures sont données à des hommes qui signent avec leur père un « contrat » moyennant 20 000 à 60 000 dirhams.
  • Les sans-papiers de l’Atlas, des mariages sont conclus « à la Fatiha », sans aucun papier. Sans contrôle de l’âge des fiancées. Sans possibilité d’avoir un état civil pour les enfants, et de faire respecter les droits lors des divorces et des veuvages.
  • Les Barmaids de Casablanca, le monde de la nuit est un gouffre qui broie des femmes, souvent mères célibataires et dans la plus grande précarité.
  • Les victimes de la traite dans le Golfe, elles postulent un poste de coiffeuse ou similaire dans les pays du Golfe, elles s’y retrouvent sans passeport et contraintes à la prostitution.

L’auteur nous fait un constat dur et alarmant, mettant en évidence les raisons de cette situation qui se nourrit de l’abandon scolaire précoce ou l’inexistence de scolarité, du poids des traditions ancestrales, de l’indifférence des autorités et de l’insuffisance de la Moudawana (code de la famille), même si elle avait été révisée et promulguée en 2004. Il nous présente également le rôle joué par les associations pour venir en aide à ces femmes, notamment en tirant la sonnette d’alarme sur les chiffres concernant les violences faites aux femmes à travers tout le pays.

Ce livre d’Hicham Houdaïfa, comme son second livre à propos de l’islamisme radical au Maroc, est pour moi un manifeste à lire de toute urgence, à diffuser et à participer par tous les moyens pour venir en aide à ces femmes et leur rendre justice.

Kenza Sefrioui et les péripéties de la chaîne du livre au Maroc

Déjà avec son livre, tiré de sa thèse, « La revue Souffles (1966-1973) ; espoirs de révolution culturelle au Maroc », Kenza Sefrioui m’avait impressionné en s’intéressant et en mettant en valeur l’expérience culturelle de cette revue mythique qui avait porté un projet parmi les plus beaux et les plus révolutionnaires du Maroc moderne.

Ses enquêtes relatées dans son livre « Le livre à l’épreuve ; les failles de la chaîne au Maroc » nous invitent à découvrir où en est le livre au Maroc ? Elle nous montre qu’entre la rareté des bibliothèques, les disparités géographiques, la fragilité du secteur dans le pays, le livre n’est pas suffisamment accessible. À travers son voyage, elle nous raconte des expériences des acteurs et militants de la société civile qui essayent de combler les manquements de l’état en créant par exemple des bibliothèques dans le milieu rural ou encourager la lecture par d’autres moyens et lancer ainsi des dynamiques citoyennes. Elle met en lumière toutes les difficultés que rencontre la diffusion du livre. Plusieurs volets sont étudiés, la censure subtile pratiquée par les autorités, le phénomène des livres piratés qui menace les librairies déjà assez fragilisées, l’absence du dépôt légal et les faiblesses du circuit de diffusion qui rendent difficile l’établissement d’une bibliographie nationale, l’absence de circuits stimulants le livre et qui amène certains auteurs à passer par des circuits éditoriaux étrangers, etc.

Comme il figure sur la dédicace que Kenza Sefrioui m’avait écrite sur ma copie, son livre est un miroir inquiétant mais plein d’espoir. J’ai beaucoup aimé le style de son récit, très prenant et poétique. J’ai aimé par exemple le choix des titres des chapitres, comme celui de « Une bibliothèque comme un point d’eau ». J’ai aussi appris beaucoup sur la littéraire marocaine grâce aux différentes références aux auteurs et auteures qui ont marqué la production de cette littéraire, notamment en langue française. Bref, ce livre m’a donné envie, entre autres, de :

  • Soutenir, y compris financièrement, les initiatives que je ne connaissais pas et qui sont signalées, comme celle des frères Chentoufi,
  • Acquérir un certain nombre d’ouvrages référencés et qui manquent à mes lectures,
  • Chercher comment je peux aider et faire connaître davantage les livres des éditeurs marocains comme, Le Fennec, Tarik éditions, En Toutes Lettres.

Chadia Arab et les invisibles de la migration saisonnière marocaine en Espagne

Avec « Dames de fraises, doigts de fée, les invisibles de la migration saisonnière« , Chadia Arab, la géographe, chercheuse et écrivaine marocaine, a enquêté et alarmé sur les conditions de ces milliers de Marocaines qui sont parties travailler, à la fin des années 2000, à la cueillette des fraises dans la province de Huelva, en Espagne. Recrutées directement au Maroc par des contrats saisonniers, ces Dames de fraises sont choisies pour la précarité de leur situation et parce qu’elles laissent des enfants qui les contraindront à revenir. Elles subissent une exploitation à multiples formes, y compris un harcèlement sexuel. L’auteure en enchaînant les rencontres avec des responsables et avec le public pour présenter son livre, elle réussit à créer une attention et une grande solidarité et son travail a déjà obtenu un début de mesures en faveur de ces femmes de la part des deux pays concernés.

Epilogue

Ces livres sont à mettre entre les mains du public et en particulier entre celles des acteurs de la société civile et des responsables politiques pour les inciter à bien voir les situations en question et prendre les décisions qui s’imposent. Personnellement, je soutiens ces expériences en lisant ces livres et en achetant des exemplaires supplémentaires afin de les offrir autour de moi ou de les mettre à la disposition des bibliothèques publiques que je fréquente. J’invite mes amis et les visiteurs de mon blog à faire pareil !

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